La culture de la peur

La culture de la peur

« As-tu deux minutes? »

– Tous les patrons du monde

Qui n’a pas vécu cette situation? Un patron, ou un représentant des RH qui veut nous parler, et qui nous demande « As-tu deux minutes? » tout en se dirigeant vers une salle de conférence, ou un bureau.

Ne sont-ce pas les pires 30 secondes de notre vie? « Qu’ai-je fait de mal? Que va-t-il m’annoncer? Je vais devoir mettre mon CV à jour ». Il s’en passe des choses entre cette question et le moment où on s’assoit sur une chaise.

Et finalement, il voulait simplement savoir comment vous alliez.

Les réflexes du monde du travail

Les réflexes du monde du travail ont corrompu les relations gestionnaire-employé. Tellement de gens sont rencontrés par leur patron seulement lorsqu’il s’agit d’une mauvaise nouvelle, ou lorsqu’ils doivent recevoir des « critiques constructives ». C’est maintenant un réflexe. Mon patron veut me parler, ça ne peut être qu’une mauvaise nouvelle

Sauf que…

Tous les environnements de travail ne sont pas comme ça. Là où je travaille, les gestionnaires se soucient de leurs collaborateurs. C’est mon travail de me soucier d’eux. Mon titre (que j’ai moi-même choisi) est Gestionnaire humain. Mon rôle est de m’assurer de créer un environnement dans lequel chacun puisse être à son meilleur. Et par là, je ne parle pas de « son plus productif ». Mais bien son meilleur naturel. 

Bref, je fais en sorte que tous :

  • Soient satisfaits de leur travail
  • Soient motivés par leur travail
  • Se sentent en contrôle de leur travail
  • Avancent dans la direction où ils souhaitent aller

Et pour cela, j’ai demandé à tout le monde ce dont ils ont besoin pour être à leur meilleur. Je connais leurs critères de succès côté culture, travail, environnement physique de travail, et conditions de travail. Bref, ce dont ils ont besoin est connu de moi, et c’est mon travail de faire en sorte qu’ils aient ce dont ils ont besoin, ou puissent aller le chercher. Tout cela est très clair entre eux et moi.

Et malgré cela…

Coupables de se soucier des gens

Il y a quelques temps de cela, j’ai trouvé moyen, bien involontairement, de légèrement traumatiser un nouveau collègue. Suite à une situation un peu embarrassante, et je souhaitais m’assurer qu’il se sentait bien et que tout était correct. 

« As-tu deux minutes? », lui ai-je demandé. 

Son non-verbal m’a immédiatement donné un violent coup de pied au visage. C’était de la surprise et de la peur. « T’en fais pas, rien de grave! », ai-je ajouté rapidement. On a parlé 20 minutes. Tout était correct. Il était soulagé. Moi aussi, honnêtement, mais je n’étais pas satisfait de ce que ce qui venait de se passer et de ce que cela signifiait.

Coupables d’avoir un processus d’intégration humain

Quelques jours plus tard, la directrice des ressources humaines rencontre le même collègue. 

« Oh oh. Les RH… que se passe-t-il? »

Notre directrice RH voulait savoir comment ça allait, après 1 mois avec nous. Comment était le processus d’intégration? Comment ça va avec les collègues?

C’était la première fois de sa vie qu’on lui demandait quelque chose comme ça après 1 mois de travail. C’était la première fois que quelqu’un aux RH faisait le moindre suivi avec lui.

Mais comment en sommes-nous arrivés là?

Nous en sommes au point où nous devons annoncer nos intentions en avance lorsqu’on veut parler à quelqu’un dont on se soucie.

Nous en sommes au point où un geste de bonne volonté et de souci envers quelqu’un provoque une réaction d’effroi, d’inquiétude. 

« As-tu deux minutes » est devenu le déclencheur d’un réflexe Pavlovien de la peur en milieu de travail. Un trouble de stress post-traumatique corporatif et organisationnel.

Je ne cherche pas de coupable. Mais je cherche une solution. C’est à nous, vous, gestionnaires bienveillants, de briser cela. 

Que ferez-vous pour changer les choses? Que faites-vous? 

Gestionnaire de ce monde, c’est votre job de détruire cet anti-pattern.

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La culture de la peur
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La culture de la peur
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"As-tu deux minutes?", la question la plus terrifiante qu'on puisse se faire poser par un patron ou les RH. Comment en sommes-nous arrivés là? Comment se défaire de cet anti-pattern destructeur?
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Primos Populi
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Propriétaire de Primos Populi. En tant que gestionnaire, je préconise l’approche “les gens d’abord, et le reste suivra”. Mes sujets de prédilection sont la culture organisationnelle, le droit à l’erreur et l’abaissement du centre de gravité du pouvoir décisionnel. Je cultive l’épanouissement des gens.

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