Les maudites ressources

Les maudites ressources

Contenu textuel de la vidéo

– Bonjour Marsouin, comment allez-vous aujourd’hui?
– Capitaine Clueless!
– Peut-être pouvez-vous m’aider! J’aurais besoin d’une ressource.
– Une imprimante, vous voulez dire?
– Non, vous savez une ressource pour mon projet.
– Des tables pis une chaise!
– Non non, une ressource.
– Une licence pour un logiciel?
– Non, vous savez… Quelqu’un qui travaille!
– Ah! Vous voulez dire un humain!
– Ressource
– Capitaine Clueless, on est pas des ressources, on est des personnes!
– Ressource
– On est pas des ressources!
– Ressources!
– ONESTPASDES& »*?!*DERESSOURCES
– Bon…

Alors, j’espère que vous avez apprécié les aventures du Capitaine Clueless. J’aimerais expliquer davantage pourquoi est-ce que j’ai un problème avec le terme « ressources ». D’abord, historiquement il y a une histoire derrière ce mot-là, à l’époque où les gens travaillaient sur des chaînes de montage, tout ce qu’on faisait à la journée longue c’était visser des boulons, visser des vis, taper des clous, je ne sais trop. C’était pas tout à fait déplacé de dire que les gens étaient des ressources, c’est-à-dire que l’on pouvait enlever un travailleur, en mettre une autre à sa place sans grand impact.

Maintenant, c’est avec certitude que je vous dis: aujourd’hui, si on remplace un travailleur, un employé, un collègue par quelqu’un d’autre, même avec le même background, la même expertise, je vous garantis que l’impact va être complètement différent, il va être démesuré, parce que simplement, on ne peut plus considérer les travailleurs seulement comme des gens qui font des choses, mais aussi comme des gens qui sont.

Appeler quelqu’un une ressource, je trouve ça complètement déshumanisant, je trouve que c’est une manière de renier un peu son existence, son savoir-être, son savoir vivre. C’est renier un petit peu le fait que cette personne a des besoins, des sentiments, elle est là simplement pour rapporter pour l’entreprise, c’est tout. On n’a pas besoin de s’occuper d’elle, on ne peut pas besoin de s’assurer qu’elle se sente bien, qu’elle se porte bien, qu’elle est accomplie…

Donc, vous voyez un petit peu près où est-ce que je m’en vais avec ça. Et si je veux pousser à l’extrême cet exemple-là, je dirais… vous avez peut-être vu dans certains films où il y a des tueurs en série qui refusent de nommer leurs victimes par leur nom parce que ça les rendrait humaines tout d’un coup? Je ne peux pas m’empêcher de faire le même genre de rapprochement.

Pour moi des gens qui traitaient leurs employés comme des ressources c’était des gens qui mettait des noms sur un spreadsheet et qui faisaient « Bon, cette personne s’en va là, cette personne s’en va là. » C’est Excel qui gère le tout. On ne considère jamais là dedans : est-ce que la personne a envie d’être là? Et qu’est-ce qu’elle en pense, cette personne-là? Est ce qu’on lui a demandé son avis? Et quels seront ses interactions avec ses collègues? Ses nouveaux collègues, etc, est-ce qu’on que l’on leur a demandé simplement leur avis? Car des ressources n’ont pas d’avis. Des ressources ne sont que d’éternelles victimes du management traditionnel.

Donc, pour moi c’est un terme simplement à bannir à cause de son bagage. Faut pas oublier une chose : les mots créent des mondes. Et c’est en utilisant certains mots qu’on maintient le monde dans un espèce de carcan. Donc moi j’ai simplement décidé d’utiliser quelque chose d’autre. Au mieux simplement y aller avec « des gens, des humains, des personnes » parfois « des talents » mais je pense pas que quelqu’un se limite à son propre talent. Il y a autre chose derrière le talent.

Donc j’essaie de trouver une solution à ce problème qui est de ne pas appeler des gens des ressources, parce que les gens ne sont simplement pas des blocs Lego qu’on peut empiler un par dessus l’autre jusqu’à temps qu’on ait les résultats voulus. Les gens ont des besoins, des attentes des aspirations et c’est notre job, nous les managers, nous les gens en « Ressources » humaines de s’occuper de ces gens-là pour qu’ils soient à leur meilleur naturel. Et là, je veux pas dire le plus productif possible. Leur meilleur naturel, et ça c’est pas quelque chose qu’on fait à des ressources, effectivement.

Les seules personnes qui osent appeler les gens « ressources » sont généralement ceux qui sont au dessus, hiérarchiquement, de ces « ressources »-là et c’est très étrange parce que ceux qu’on appelle ressources sont généralement assez indispensable pour l’entreprise. C’est à dire qu’il n’y aurait pas de produits ou pas de service sans ces personnes-là, et les personnes qui les appellent « ressources » sont des gens qui ne mettent pas les mains à la pâte, n’ont absolument aucun apport direct avec le produit ou le service qui est offert.

Et l’ami Éric Laramée en a sortie une assez pas mal quelquefois, que j’aime beaucoup. Et il dira évidemment que ce n’est pas lui l’auteur mais ça, c’est SON problème, s’il veut pas qu’on utilise son nom sur des concepts qu’il partage, qu’il ne les partage pas! J’ai souvent vu Éric Laramée dire… évidemment, je reprends en français : « Si tu m’appelles ressource, moi, je vais t’appeler dépense mensuelle. Ce n’est que justice. »

Donc, finalement, les gens qui mettent la main à la pâte sont les ressources, ceux qui ne mettent pas la main à la pâte sont simplement une dépense récurrente… parfois inutiles, soyons honnêtes. Ça rappelle un peu le genre de dynamique qu’on peut trouver dans certaines entreprises.

Maintenant, ben, tous les gens en RH de mon réseau vont peut-être se demander « Mais Olivier, qu’est ce qu’on va faire avec « RH »? Les gens sont habitués à « RH »! Ces deux lettres-là c’est dans notre ADN, on ne peut pas changer! » Je ne sais pas, moi je vous dirais : À vous de prendre le défi de changer ce terme-là. Il existe déjà des alternatives y en a qui mettent « Talents et Culture », soit, c’est déjà pas mal. Est-ce que, par exemple, il n’y a que des talents et des cultures? Il y a « personnes » aussi. Est-ce que ça résume le tout? Je ne sais pas.

Un des termes qui me donne le plus d’urticaire, bien honnêtement, c’est « Capital humain ».
– De l’argent humaine!!!
Sérieusement!? Pouvez faire mieux que ça!

Et puis ben encore, l’ami Éric Laramée qui a tendance à partager les choses intéressantes… SI TU VEUX PAS QU’ON PARLE DE TES AFFAIRES, PARLES-EN PAS ÉRIC! Éric… a souvent partagé quelque chose, je sais que ça vient de quelqu’un d’autre…
Les gens des RH, pourquoi est ce qu’on les appelle pas « Resourceful humans »?

Évidemment, il ne faut pas oublier que changer les mots, c’est pas assez. Il faut aussi avoir un comportement qui est
exemplaire des mots qu’on utilise et simplement voir le comportement exemplaire sans changer les mots c’est un petit peu comme à être se dire contre la torture mais arracher les ongles des gens donc…

Soyons conséquents dans la manière dont on traite nos personnes, utilisons des termes qui sont pas déshumanisant et tout le monde s’en portera mieux. Sur ce, merci de votre écoute et n’oubliez pas : le monde du travail ne pourra pas se changer tout seul. Devenons tous des humains!

Propriétaire de Primos Populi. En tant que gestionnaire, je préconise l’approche “les gens d’abord, et le reste suivra”. Mes sujets de prédilection sont la culture organisationnelle, le droit à l’erreur et l’abaissement du centre de gravité du pouvoir décisionnel. Je cultive l’épanouissement des gens.

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Les maudites ressources
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Les maudites ressources
Description

Première vidéo de notre chronique Ta Gueule pis Travaille. Aujourd'hui on déconstruit l'idée d'utiliser le mot "Ressources" pour parler des gens. Pour tous ceux qui m'ont entendu déblatérer à ce sujet, maintenant c'est permanent et en-ligne. Merci au Capitaine Clueless pour son aide sur le sujet!