Comment j’ai rendue ma carrière antifragile

Il y a un moment que je voulais écrire sur ce sujet, et c’est ma courte contribution à l’article de Mon Amie RH concernant la possibilité de transformer la perte d’un emploi en opportunité qui m’a convaincu que c’était le bon moment de le faire. Voici donc l’histoire d’une carrière qui fut brisée, reconstruite, et qui maintenant devient plus solide, résistante et remplie d’opportunités, sans subir le stress causé par le chaos et l’adversité.

L’antifragilité en bref

Pour ceux qui ne connaissent pas le concept de l’antifragilité, je vais vous le résumer en quelques lignes, mais vous pouvez également lire ce super article de Maurice Lefebvre sur le sujet: Qu’est-ce que l’antifragilité et comment cela peut-il m’aider.

L’antifragilité est la théorie selon laquelle l’opposé de la fragilité n’est pas la solidité ou la résilience. Si le chaos et l’adversité détruisent les systèmes fragiles, le contraire serait un système qui s’améliore avec le chaos et les épreuves. La résilience, la capacité à ne pas être affecté par le chaos et les épreuves, se trouve entre les deux.

Les systèmes fragiles offrent des résultats impressionnants lorsqu’ils sont dans le contexte qui leur convient, et sont souvent suroptimisés. Cependant, ils résistent très mal à toutes les formes de stress et de chaos.

Les exemples souvent donnés pour bien l’expliquer sont un verre qui se casse sous le choc, une très performante voiture de Formule 1 qui se désintègre rapidement lorsqu’on la sort de sa piste, et dans les mythes, l’épée suspendue au-dessus de la tête de Damoclès par un crin de cheval, lui faisant comprendre qu’être puissant signifiait aussi être toujours à risque. J’aime aussi donner l’exemple du Titanic, réputé pour être rapide et insubmersible, mais n’ayant pas été assez agile pour virer à temps et éviter un iceberg.

Les systèmes solides ou résilients ne sont simplement pas affectés par le chaos et les épreuves. Pas que cela, ils les ignorent, simplement, et continuent de faire ce qu’ils ont à faire.

Dans ce cas-ci on utilise souvent comme comparaison un verre de plastique, qui ne se cassera pas lors d’une chute, l’équipement de ferme lourd, qui peut fonctionne hiver comme été, peu importe les intempéries. Dans les mythes, on utilise parfois le phoenix qui renait de ses cendres chaque fois qu’il meurt, et s’en retrouve inchangé.

Les systèmes antifragiles, eux, s’améliorent avec le chaos et les épreuves. Ils ne sont jamais aussi optimisés et performants que les systèmes fragiles, et ne sont pas aussi résistants que les systèmes solides. Mais ils n’auront cesse de s’améliorer à chaque épreuve.

Imaginez un verre qui s’améliore lorsqu’on l’échappe : chaque fois, il devient de plus en plus résistant et change de matière. L’exemple le plus concret et facile à comprendre est le corps humain. Quiconque fait du sport sait que le stress vécu par le corps le rend meilleur chaque fois. Les muscles s’améliorent en s’entrainant, le cardio aussi. Le système n’est pas suroptimisé : si on se perfore un poumon, ou perdons un rein, nous en avons un second pour survivre. Dans la mythologie, on compare l’antifragilité à l’hydre, qui avait plusieurs têtes. Lorsqu’on en coupait une, deux têtes repoussaient à sa place.

Mais même les systèmes antifragiles ne pourront pas survivre à trop de stress : quelqu’un n’ayant jamais joggé s’effondrera au milieu d’un marathon, et tenter de soulever des poids trop lourds peut causer des déchirements aux muscles. Quant à l’hydre, les têtes ne repoussaient pas si on cautérisait la plaie immédiatement après en avoir coupée une.

Ma carrière était fragile

Il y a longtemps de cela, j’ai travaillé pour la même entreprise pendant des années. J’ai beaucoup progressé dans cette entreprise, je m’y plaisais beaucoup, et j’étais très engagé dans différents clubs sociaux et tout le tralala. On me contactait régulièrement pour m’offrir des emplois, mais je ne lisais même pas ces messages : j’aimais mon travail, et je ne souhaitais pas aller ailleurs.

Le chaos et les épreuves se sont présentés au moment où cette entreprise et moi avons dû faire chemins à part. Je n’étais pas prêt à ce moment : Je n’avais pas de réseau, pas de plan de carrière, pas de plan B. Mon CV n’avait pas été mis à jour depuis presque 10 ans.

Le comble, c’était que mon rôle dans cette entreprise n’existait pas vraiment sur le marché du travail. Ma zone de confort, dans laquelle je me complaisais, était trop comfortable pour que je veuilles la quitter, et donc je n’ai pas exploré les différentes avenues qui s’offraient à moi, non plus ai-je montré la curiosité nécessaire pour diversifier la valeur que je pouvais apporter.

Ma carrière était fragile car mon rôle était obsolète, et j’avais une mentalité fixe qui m’empêchait de croître. Je ne prenais aucun risque. C’est le risque qui m’a trouvé.

Quand on dit que quelque chose est fragile, et qu’un tel choc survient, je n’ai pas besoin de vous faire un dessin : ma carrière était en morceaux. Impossible trouver un poste équivalent, mes compétences techniques n’étaient plus à jour. Mon moral s’est retrouvé dans le même état : déchiré, en miettes. Ce fut l’événement le plus difficile de ma carrière. Et aujourd’hui, c’est aussi le plus important : je ne serais pas où j’en suis s’il n’était pas survenu.

Comment j’ai rendue ma carrière résiliente

Une fois le choc absorbé, et après avoir adopté une mentalité de croissance (plus par nécessité que par réelle volonté, à ce moment-là), je me suis attelé à la tâche, et j’ai rencontré une conseillère en gestion de carrière, et j’ai judicieusement suivi ses conseils.

1. J’ai retravaillé mon CV et mon profil LinkedIn

J’avais souvent la perception que les gens qui gardaient leur CV à jour étaient insécurs et étaient constemment en recherche de nouveaux emplois. Je me suis rendu compte à ce moment là qu’ils étaient probablement simplement davantage prêts à faire face à l’adversité. À partir de ce moment, j’ai tenu mes documents à jour et je me suis pratiqué à mieux expliquer qui j’étais, mes réalisations et mes aspirations.

2. J’ai commencé à développer mon réseau

Puisque mon compte LinkedIn était à jour, aussi bien l’utiliser. J’ai commencé à ajouter des recruteurs de tous les milieux, et on m’a immédiatement proposé plusieurs entrevues. J’ai des relations encore très intéressantes datant de cette époque où je commençais à m’exposer sur ce média.

3. Je me suis mis à me soucier de ce à quoi j’aspirais

J’ai commencé à me soucier un peu plus de ce que je souhaitais, plutôt que de ce dont le marché avait besoin. De mon ancien travail, ce que j’aimais le plus était le management et la mentalité Agile. En mettant les deux ensemble, j’ai décidé de prendre ma certification de Scrum Master. Je m’ouvrais à de nouvelles expérience, ce qui est le premier pas pour se sortir de la fragilité.

En faisant travailler mes contacts, j’ai fini par trouver un endroit qui était prêt à me laisser une chance dans le monde très en demande des Scrum Masters.

Ma carrière était devenue résiliente

J’ai commencé à me connecter avec plusieurs Scrum Masters, me disant que ce qui était arrivé quelques mois plus tôt pouvait survenir à nouveau. Je gardais mon CV et mon profil LinkedIn à jour, je m’assurais de garder mon réseau en bon état. Bref, je n’étais pas nécessairement prêt à toute éventualité, mais j’avais compris que le chaos et l’adversité ne sont pas l’exception, ils sont la règle.

Comme de fait, 1 an plus tard, la guillotine s’impose encore sur mon emploi. Pour des raisons hors de mon contrôle, je dois me séparer de mon employeur. Cette fois-ci, pas de pleurs, pas de sentiment de trahison. J’étais déçu, mais j’ai également ressenti un sentiment de paix et de sérénité, et même une petite pointe d’excitation. J’avais bien développé mon réseau, j’étais à jour dans mes documents. Je trouverais un autre emploi, c’est tout. Je l’avais fait un an plus tôt, et j’avais beaucoup moins de travail à faire pour m’y remettre.

Bien que je fus surpris, la nouvelle n’a pas fait de vague et n’a pas affecté mon moral. Ma carrière venait de résister à un grand stress potentiel. Ma carrière était maintenant robuste.  

Comment j’ai rendue ma carrière antifragile

Comme j’étais prêt, et que je savais quoi faire et que j’avais un début de réseau fort, j’ai réussi à trouver un nouvel emploi en quelques semaines. Dans cette nouvelle entreprise, j’ai senti un environnement de travail ouvert et de confiance. Je me sentais en sécurité pour me développer. Ça a servi de terrain fertile pour expérimenter, et plus ou moins consciemment, rendre ma carrière antifragile. Voici comment cela s’est passé.

1. J’ai trouvé ma vocation

Ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ça m’a pris grosso modo un an pour comprendre pourquoi je me levais le matin. Les journées où je me sentais plus utile, le plus valorisé, je prenais du temps pour essayer de comprendre pourquoi, et pour trouver le dénominateur commun. C’était plutôt simple au final : je me sentais bien quand j’avais aidé quelqu’un à s’approprier son emploi, sa carrière. Quand je les aidais à rendre leur travail plus humain. Et c’est ainsi que j’ai découvert ma vocation : ramener les humain au coeur du monde du travail .

Si vous voulez en savoir plus sur comment j’ai trouvé mon « pourquoi », je vous invite à lire mon article Pourquoi mettre l’accent sur votre « Pourquoi ».

2. J’ai consacré de l’énergie à me faire connaître

J’avais déjà excellent réseau grâce à LinkedIn. J’ai commencé à ajouter que des gens qui croyaient ce que je croyais. Je me suis imbibé de centaines de concepts qui allaient dans le même sens que mes valeurs, et je les partageais quotidiennement sur LinkedIn.

J’ai aussi pris goût à assister à plusieurs conférences. Au départ, pour apprendre de nouvelles choses, mais je me suis rendu compte que c’était aussi une excellente occasion de réseauter avec des gens qui ont de l’influence. C’est donc ainsi que j’ai commencé à rester après les ateliers pour parler aux conférenciers, et m’en faire des alliés. Aujourd’hui, je suis même partenaire avec l’un d’eux.

3. J’ai mis du temps à travailler mon leadership

J’étais déjà un excellent leader engagé (souvent appelé Servent Leader). En tant que Scrum Master, c’était mon rôle d’aller voir les gens et les équipes et de leur demander « Comment puis-je vous aider? ». J’avais très à coeur le succès de mes équipes.

Après ma rencontre avec Maurice Lefebvre, qui fut mon coach professionnel pour un moment, j’ai exploré d’autres formes de leadership. J’ai appris à être un leader au quotidien, en observant les gens, en trouvant des opportunités pour les aider, et parfois en leur ouvrant moi-même les portes vers un contexte où je pouvais me mettre à leur service ne serait-ce que quelques minutes, pour leur montrer quelque chose, leur envoyer une vidéo, ou leur prêter un livre.

Et c’est avec le temps, en développant mes convictions personnelles, en m’appropriant et en partageant mon propre discours sur l’humanité dans le monde du travail que je suis devenu la figure de proue de ma propre cause. La figure de proue est un rôle de leader qu’on ne peut atteindre qu’en étant complètement passionné par une cause, une organisation ou un produit.

Pour plus d’informations sur ces trois rôles du leadership, je me permet de vous référer à cet article de Maurice : Pour lequel des 3 rôles de leader êtes-vous fait?.

4. J’ai appris à me sortir de ma zone de confort

Et c’est en sortant de notre zone de confort qu’on l’agrandit. Je me suis mis à être curieux quant à des choses qui, par le passé, me faisaient peur, ou qui me rendaient mal à l’aise parce que je ne savais pas comment faire. Je me suis donné la possibilité d’être humain, et de me planter, en me disant que j’aurais au moins essayé quelque chose de nouveau, et que j’apprendrais de mes erreurs.

C’est à ce moment que j’ai commencé à challenger les autorités, alors qu’auparavant je me tenais tranquille pour ne pas faire de vagues. J’ai commencé à donner des conférences alors que je suis généralement plutôt du type à préférer les petits groupes de 2 ou 3 personnes. Lorsqu’on me proposait de faire quelque chose que je n’avais jamais fait, je sautais sur l’occasion en me disant que j’allais apprendre quelque chose de nouveau. J’avais résolument adopté une mentalité de croissance.

5. J’ai commencé à faire de courtes expériences contrôlées

C’est très relié au point précédent. En sortant de ma zone de confort, je m’assurais d’y aller avec de courtes expériences contrôlées. Lorsque j’essayais quelque chose de nouveau, j’étais prêt à arrêter en tout temps, ou même à revenir à l’état précédent, si l’expérience s’avérait peu fructueuse.

Ainsi, j’ai essayé de tout changer le contenu de ma page LinkedIn pour voir si mon audience réagirait mieux et si on cesserait de m’offrir des emplois que j’associais davantage avec mon passé que mon futur. Je parlais de la nécessité d’un sondage sur la relation entre gestionnaires et employés. J’ai décidé de le faire moi-même, simplement pour avoir une expérience avec cela. Lorsque j’en aurais vraiment besoin dans l’avenir, j’aurai une idée de l’effort que ça demande.

6. J’ai cessé d’être une victime

Définitivement l’un des changements les plus significatifs dans ma manière de penser. J’ai connu plusieurs points de douleur dans ma carrière, et parfois je ne souffrais pas tant du problème, mais du fait que personne ne faisait quoi que ce soit pour le régler.

À partir de ce moment, j’ai cessé d’être une victime et j’ai commencé à être un acteur. L’une de mes équipes était laissée à elle-même sans personne pour s’occuper de leurs besoins? Je me suis improvisé gestionnaire et je leur ai donné ce dont ils avaient besoin. Je trouve que le monde du recrutement est de plus en plus inhumain? À moi de trouver des façons de le rendre plus humain. Beaucoup d’environnements de travail sont toxiques? Je vais rendre le miens sécuritaire.

Lorsque j’ai trouvé ma vocation, j’en ai parlé à mes gestionnaires de l’époque. C’était très clair pour moi que j’allais consacrer mon temps à créer un environnement plus humain et sécuritaire pour mes collègues, et ramener vers eux le pouvoir décisionnel. Mes aspirations n’ont pas trouvé d’oreille. J’ai donc simplement décidé que je devrais aller m’occuper du bien-être de gens ailleurs. L’époque où je demandais la permission pour faire la bonne chose était révolue, ce qui m’amène au dernier point.

7. J’ai pris le pari d’agir selon mes valeurs

L’un de mes points de douleur était justement le fait que dans mon entourage, beaucoup ne pouvaient vivre leurs valeurs dans leur environnement de travail. Lorsque des valeurs personnelles sont en contratiction avec les valeurs de notre environnement, cela crée beaucoup de problèmes de démotivation, de désengagement. J’ai décidé de ne plus tolérer cela.

Mes valeurs sont importantes et non négociables. Elles sont connues de tous ceux avec qui je travaille. Est-ce que je peux les faire plier un peu? Parfois mais rarement. Est-ce que je peux les ignorer? Certes pas. Cela me donne l’avantage d’être authentique, et aussi heureux. Même Gandhi le dit : Le bonheur, c’est quand ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait sont en harmonie.

Ma carrière est maintenant antifragile

Aujourd’hui, pourquoi je fais les choses est beaucoup plus important que ce que je fais. Je peux être gestionnaire, scrum master, coach, facilitateur, directeur, ou n’importe quoi. J’ai beaucoup plus de cordes à mon arc que mon arc ne pouvait en supporter par le passé.

J’ai aidé tellement de gens sans rien leur demander en retour et parce que c’était la chose à faire, j’ai confiance que mon réseau pourrait me le rendre si jamais j’en venais à devoir quitter mon emploi actuel. Je suis à peu près certain que je pourrais me trouver quelque chose en quelques jours.

Mais en réalité, si je quittais mon emploi actuel, ceci représenterait l’occasion rêvée de me consacrer à 120% à ma vocation, soit ramener l’humain au coeur des entreprises. Un tremplin vers mon rêve de faire une réelle différence dans le monde du travail.

Au final, être antifragile me rappelle un personnage qui m’est très familier…

« Si tu me terrasses, je deviendrai bien plus puissant que tu ne pourrais jamais l’imaginer. »
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Comment j'ai rendu ma carrière anti-fragile
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Comment j'ai rendu ma carrière anti-fragile
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Prendre une carrière en morceaux et en faire une carrière qui devient plus forte dans le chaos et l'adversité.
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Primos Populi
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Propriétaire de Primos Populi. En tant que gestionnaire, je préconise l’approche “les gens d’abord, et le reste suivra”. Mes sujets de prédilection sont la culture organisationnelle, le droit à l’erreur et l’abaissement du centre de gravité du pouvoir décisionnel. Je cultive l’épanouissement des gens.

2 thoughts on “Comment j’ai rendue ma carrière antifragile

  1. Quel bel article Olivier!

    Ça ma fait penser à l’analogie de l’araignée et de l’étoile de mer. Si tu coupes une jambe à une araignée, elle en sera fragilisée si tu lui coupe la tête, elle meurt. Par contre, si tu coupes une jambe à une étoile de mer elle repoussera et peut-être même que le bout coupé se régénérera et deviendra, lui aussi, une autre étoile de mer.

    Beaucoup de réflections suite à tes écrits.

    MERCI!

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